Agir pour nos pollinisateurs

La saison des racines nues commence bientôt, l’occasion de réfléchir aux plantations que vous réaliserez dans votre jardin cet automne. C’est aussi le moment idéal pour récolter les semences de fleurs et semer des mélanges pour prairies fleuries. Et si vous transformiez tout ou partie votre jardin en refuge pour la biodiversité ?

Si la faune des jardins était en mesure de nous parler, elle nous demanderait probablement de planter des vivaces, des bisannuelles, des arbustes et des haies vives, de laisser quelques tas de bois bois ça et là, de pierres ou de matériaux de paillage. 

Un jardin en mouvement, qui évolue de saison en saison au rythmes de la nature constitue un véritable plaisir pour vos yeux ( ouuuh les beaux papillons ! Et plus aucun pucerons sur ces beaux rosiers ! ) vos oreilles ( écoutez tous ces bourdonnements et les chants de piou-piou ) et votre bouche ( mmmh les bonnes carottes qui ont poussé grâce à la pollinisation ).

Petit focus sur les pollinisateurs : quels sont les aménagements leur offrant le gîte et les plantes leur offrant le couvert à favoriser dans votre petit coin de verdure ? Parce qu’il en faut toujours un peu pour tout le monde et le maintien de cette diversité nous offre aussi d’incroyables moments de contemplation.

PARTIE 1 : PLANTATIONS ET ENTRETIENS

Faire le choix de nouvelles pratiques

Fabriquer des hôtels à insectes et des nichoirs est une excellente initiative et nous y reviendrons, mais on ne doit pas oublier que le refuge le plus courant c’est l’herbe de nos jardins ! Procédez donc en premier lieu à des tontes moins fréquentes, maintenez des zones à fauchage tardif voire inexistant comme les prairies fleuries et conservez des zones humides où la mousse se développera abondamment. 

Laissez quelques mètres carrés de plantes sauvages et récoltez-en les graines pour vous constituer une petite banque de semences ! Ne détruisez pas ce tapis de mousse au fond du jardin, mais observez la multitude d’insectes et d’animaux qui s’y retrouvent : les oiseaux en utiliseront des morceaux pour remplir leurs nids et les musaraignes, les batraciens et les carabes s’y abriteront et s’y rafraichiront en été.

Consultez notre post sur l’entretien du gazon ici

La praire fleurie

Si vous n’avez pas réussi à faire votre petite grainothèque, les mélanges pour prairies fleuries sont vendus en magasin. Ils sont constitués presque exclusivement d’annuelles et imposent donc de refaire un semis chaque année. Ils profitent à bon nombre de pollinisateurs relativement communs, notamment aux bourdons et aux abeilles mellifères. Ces espèces s’accommodent de cette variation interannuelle parfois importante de la composition floristiques des bandes fleuries.

Des plantes sauvages à conserver

Le choix des plantes à fleurs à planter dans le cadre d’aménagements doit être dicté surtout par l’objectif de renforcer l’offre florale existante (fleurs sauvages) à l’aide d’autres espèces aux périodes ou la floraison des plantes indigènes spontanées est moins importante.

Plusieurs études ont révélé que les abeilles, de même que bon nombre de pollinisateurs, préfèrent les plantes sauvages indigènes aux espèces exotiques. Parfois plus discrètes dans leur floraison, ces autochtones assurent toutefois le maintien voire le développement de la biodiversité.

Abeilles domestiques et abeilles sauvages : même combat ?

Le régime alimentaire des abeilles sauvages diffère de celui des abeille mellifères car il est plus spécialisé. Elles sont donc plus vulnérables car l’offre végétale peut parfois changer brutalement d’une année à une autre. Il faut donc leur offrir des ressources florales plus stables dans le temps : massifs monofloraux de vivaces, haies vives et arbustes nectarifères.

Un buffet à ciel ouvert tout au long de l’année !

  • Bulbes

Février - mars : Crocus de Thomas (Crocus tommasinianus), Perce-neige (Galanthus nivalis)
Mars - avril : Corydale à bulbe plein (Corydalis solida), Jonquille (Narcissus pseudonarcissus)
Avril - mai : Muscari d’Arménie (Muscari armeniacum)
Juillet - août : Ail d’ornement (Allium sphaerocephalon )

  • Plantes Condimentaires

Avril - mai : Romarin (Rosmarinus officinalis),
Juin - juillet : Angelique (Angelica archangelica), Menthes (Mentha spp.), Sauge officinale (Salvia officinalis), Thym (Thymus vulgaris)
Juillet - août : Camomille (Chamaemelum nobile), Sarriette des montagnes (Satureja montana)
Juillet - octobre : Fenouil officinal (Foeniculum vulgare), Origan (Origanum vulgare)

  • Vivaces, arbustes et fruitiers

Février - mars : Saule marsault (Salix caprea), Bruyère des neiges (Erica carnea)

Mars - avril : Aubépine à un style (Crataegus monogyna), Cognassier du Japon (Chaenomeles Japonica), Poirier commun (Pyrus communis), Primevère officinale (Primula veris), Prunelier (Prunus spinosa), Pulmonaire officinale (Pulmonaria officinalis)

Avril - mai : Aubriète gracile (Aubrieta gracilis), Lamier tacheté (Lamium maculatum), Pommier (Malus domestica), Merisier (Prunus avium), Prunier (Prunus domestica)

Mai- juin - juillet - août : Anthyllide vulnéraire (Anthyllis vulneraria), Ancolie (Aquilegia vulgaris), Bétoine officinale (Stachys officinalis), Bugle rampante (Ajuga reptans), Bourrache officinale (Borago officinalis), Buglosse d’Italie (Anchusa italica), Buphtalme à feuilles de saule (Buphthalmum salicifolium), Brunelle commune (Prunella vulgaris), Campanule à feuille de pêcher (Campanula persifolia), Consoudes (Symphytum spp.), Echinops (Echinops spp.), Germandrée petit-chêne (Teucrium chamaedrys), Gesse à grandes fleurs (Lathyrus grandiflorus), Knautie des champs (Knautia arvensis), Lavandes (Lavandula spp.), Lysimaque commune (Lysimachia vulgaris), Luzerne lupuline (Medicago lupulina), Margherite commune (Leucanthemum vulgare), Mauve musquée (Malvia moschata), Sainfoin (Onobrychis vicifolia), Ronce odorante (Rubus odoratus), Salicaire commune (Lythrum salicaire), Sauge des prés (Salvia pratensis), Sauge de Jérusalem (Phlomis fruticosus), Succise des près (Succisa pratensis), Trèfles (Trifolium spp.), Vesce de Cracovie (Viva cracca), Vipérines (Echium spp.)

De juin/juillet à septembre : Achillée millefeuille (Achillea millefolium), Bruyère commune (Calluna vulgaris), Camomille des teinturiers (Anthemis tinctoria), Campanule fausse raiponce (Campanula rapunculoides), Centaurée scabieuse (Centaurea scabiosa), Épiaire de Byzance (Stachys byzantine), Millepertuis à grandes fleurs (Hypericum calycinum), Mélilot jaune (Trigonella officinalis), Orpin âcre (Sédum acre), Panicauts (Eryngium spp.), Tanaisie commune (Tanacetum vulgare), Verveine de Buenos Aires (Verbena Bonariensis)

D’août à octobre : Actée en épi (Actaea japonica), Anémone du Japon (Anemone hupehensis), Asters (aster spp.), Barbe bleue, (Caryoptéris clandonensis), Echinacée (Echinacea purpurea), Guimauve officinale (Althaea officinalis), Hibiscus syriacus, Hortensia paniculé (Hortensia paniculata), Lierre (Hedera helix), Orpin d’automne (Sedum spectabile), Persicaire (Persicaria amplexicaulis), Rudbeckia lumineuse (Rudbeckia fulgida), Solidage verge d’or (Solidago virgaurea), Veronicastrum (Veronicastrum virginicum)

  • Haies et arbres

Vous pouvez décrocher des subventions en fonction des plantations que vous choisissez ! Pour en savoir plus, consultez la publication "Haie d'honneur aux arbres et vergers" de Natagriwal : https://tinyurl.com/y6eq5j9m

PARTIE 2 : LES AMÉNAGEMENTS AU JARDIN


Attention ! Le succès de l’aménagement de notre environnement en faveur des pollinisateurs va de paire avec la disponibilité des ressources alimentaires. Sans elles, pas d’insectes. De plus, si l’on entre dans une démarche de préservation de la biodiversité, il ne faut surtout pas utiliser de désherbant chimiques et limiter fortement le travail du sol. 

Pour les abeilles terricoles

Elles sont peu exigeantes et s’installent le plus souvent dans les pelouses, sur des buttes ou des talus bien exposés. On peut aussi entasser du sable, de la terre sableuse ou de la terre de jardin bien meuble et dépourvue de cailloux contre un mur ou à même le sol sur 20-30 cm de hauteur, en limitant éventuellement le développement de la végétation.

Pour les espèces nichant dans le bois mort

Dans un coin ensoleillé, constituez un tas de bois avec de grosses branches, de vieilles poutres, des souches,… Au fil des années, il sera envahi de divers insectes xylophages. Lorsque le bois sera suffisamment pourri, il sera colonisé par les espèces qui creusent elles-mêmes leurs galeries de nidification.

L’hôtel à insectes

Aménagement populaire qui ressemble à une ruche constituée d’un ensemble de matériaux permettant aux insectes de nicher ou de s’y réfugier la nuit et en périodes d’intempéries. 

Ils ciblent principalement les abeilles sauvages :

  • Caulicoles : du latin caulis (tige) et colere (habiter) . Ce sont celles qui ont tendance à faire leurs nids dans les tiges de bois creux comme le roseau, le bambou, les tiges de fenouil.

  • Rubicoles (du latin rubus (ronce) et colere (habiter). Ce sont celles qui habitent dans la ronce. Mais cette expression a été étendue à tous les insectes qui nidifient dans des tiges à moelle, pas seulement les ronces.

Installez l’hôtel dans un lieu bien exposé, à l’abris des intempéries, des vents dominants et à minimum 50cm du sol afin de le protéger de l’humidité de la végétation environnante.

Ne sélectionnez pas ou ne confectionnez pas d’hôtels trop grands puisqu’ils auront tendance à attirer de nombreux individus au fil des saison ce qui aura pour conséquence d’attirer aussi les prédateurs et les parasites, risquant de compromettre l’efficacité des aménagements.

Pour savoir comment réaliser un hôtel à insectes, cliquez ici !

Un gîte pour bourdons

Les bourdons ne creusent pas leurs nids mais ils récupèrent ou aménagent des cavités préexistantes. Le taux d’occupation des gîtes est aléatoire et il faudra parfois patienter plusieurs saison avant qu’une espèce n’y élise domicile.

Ils ciblent principalement les bourdons terrestres alors que les bourdons des arbres ont plutôt tendance à aller s’installer dans les nichoirs pour oiseaux et les bourdons des champs font leur nid dans la litière du sol comme la mousse par exemple, d’où l’intérêt de ne pas la supprimer !

Pour savoir comment réaliser un gîte à bourdons, consultez la fiche Natagora !

La spirale aromatique

Il s’agit d’un muret de pierres monté en spirale garni de terre maigre et de cailloux. Par sa structure et ses composants, il permet d’atténuer, par accumulation de la chaleur, les variations de température et évite la stagnation d’humidité dans le sol. Il fut inventé par les anglais pour créer, malgré leur climat froid et humide, les conditions nécessaires à l’introduction de plantes aromatiques et nectarifères appréciées notamment des insectes pollinisateurs. La spirale offre aussi des espaces de nidification au sol et entre les pierres à une multitude de petits animaux (abeilles, coccinelles, araignées, lézards... ). En y ajoutant des niches et nichoirs, elle devient un havre de paix pour de nombreux hérissons, reptiles et oiseaux (troglodyte par exemple).

Pour savoir comment réaliser une spirale aromatique, cliquez ici !

Sources :
Vers un fleurissement favorable aux pollinisateurs
- Collection Espaces verts n°2, SPW éditions
Abeilles et guêpes de nos jardins - Annie Jacob-Remacle
Découvrir et protéger nos abeilles sauvages - Nicolas Vereecken
http://biodiversite.wallonie.be