Le désherbage sans produits chimiques

Qui n’a jamais été désespéré de voir proliférer les « mauvaises herbes » partout dans son jardin et ses allées, sur ses chemins… et même dans ses murs ? 

Le réflexe : se rendre en jardinerie pour acheter des désherbants chimiques. Seulement il ne s’agit pas de produits anodins. Ils sont bien souvent dangereux pour l’Homme (notamment les jeunes enfants), les animaux domestiques et sauvages et la biodiversité en général, qu’elle soit terrestre ou aquatique. Ils modifient aussi la microflore et la microfaune du sol et participent à la contamination des eaux superficielles et des nappes profondes.

En bref, ils ne sont pas idéaux ! Existe-t-il d’autres moyens de se débarrasser de ces plantes sauvages ? Comment adopter un entretien différencié dans son jardin ? Et finalement, qu’appelle-t-on « mauvaises herbes », « adventices » ou « spontanées » ?

Petit focus sur ces sauvageonnes grâce à l’ouvrage « Je désherbe sans produits chimiques ! » de Denis Pépin, paru aux éditions Terre Vivante que vous pouvez vous procurer ici : https://tinyurl.com/y6a8g3ug

PARTIE I : Une mauvaise herbe c'est quoi ?


C'est une plante jugée indésirable par le jardinier en raison de différents critères :
- Esthétique : son feuillage ou sa floraison est peu attrayante ou ne convient pas avec les autres plantes cultivées ;
- Invasif : elle est bien souvent difficile à déloger et se multiplie très vite une fois qu’elle a trouvé son emplacement idéal ;
- Concurrentiel : au jardin comme au potager, les plantes se livrent un combat acharné pour la lumière, l’eau et les éléments nutritifs. La petite sauvageonne peut ainsi retarder le développement des plantes que l’on souhaite voir croître.

Comment sont-elles arrivées là ? 
C'est souvent « à cause » à l’Homme ! La plupart d’entre elles s’installent et prolifèrent dans une terre laissée nue, sur des pelouses tondues trop court, dans un sol chamboulé, appauvri, piétiné. Ces conditions sont plus favorables au développement des plantes sauvages qui sont moins exigeantes que les plantes cultivées.

Quelques exemples d'adventices :

  • Annuelles : mouron blanc, lamier pourpre, laiteron, chénopode, renouée, liseron, amarante, matricaire inodore…

  • Bisannuelles : molène, coquelicot, cirse lancéolé, chélidoine…

Pour germer, les graines des annuelles et bisannuelles ont besoin d’une terre nue ;
Elles produisent une grande quantité de graines qui peuvent rester longtemps en vie dans le sol. Elles sont donc à éliminer avant leur montée en graines, voire avant leur floraison.

  • Dans les vivaces : Achillée millefeuille, brunelle, chiendent, chardon des champs, oxalis, pissenlit, prêle, renoncule rampante, rumex, trèfle, vesce…

Coupées, elles peuvent reformer leur feuillage à partir des organes comme les racines, les rhizomes, les tiges souterraines, les bulbes, les stolons, les drageons, les tubercules. Attention donc à l’usage d’outils rotatifs qui fragmentent et multiplient à l’infini les organes souterrains !

PARTIE II : Quelles solutions adopter pour désherber totalement ou partiellement son jardin et/ou son potager dans le respect du vivant ?

Avant de désherber entièrement votre jardin, pensez tout de même à tous les avantages qu'apportent ces sauvageonnes : en tant que "bio-indicatrices", elles vous permettent en premier lieu de comprendre la nature de votre sol. Elles abritent la faune auxiliaire, notamment les insectes régulateurs (carabes, syrphes, chrysopes, coccinelles, et bien d’autres…) qui trouveront dans cette diversité végétale le gite et le couvert. Elles protègent le sol contre l'érosion et peuvent être utilisées comme paillis pour couvrir et nourrir votre sol. Certaines espèces, grâce à leurs racines pivotantes, aèrent même le sol en profondeur. Et pour finir, nombreuses sont celles qui sont comestibles et/ ou médicinales.

  1. Le désherbage total avant plantation
    Les lasagnes désherbantes : alternez déchets verts & couches de cartons pour détruire par occultation les herbes en place sans les arracher, nourrir la vie du sol et faire travailler la terre par les lombrics et autres laboureurs du sol.
    🗓 Quand démarrer ? 4 à 6 mois à l’avance.

    Le bâchage intégral : apportez du compost et des débris organiques pour nourrir la vie du sol et installez une bâche opaque et poreuse. Par son effet occultant et la montée en température, la bâche va étouffer les repousses des mauvaises herbes.
    🗓 Quand démarrer ? 1 à 2 ans à l’avance.

    Le faux-semis : préparez la terre en la retournant et en l’arrosant puis laissez germer les adventices. Retirez-les progressivement.
    🗓 Quand démarrer ? 3 à 4 semaines avant la date prévue pour les plantations ou semis.

  2. Le désherbage partiel et curatif 

    Désherbage des surfaces non cultivées (entrée, cour, terrasse, allées…):
    ▰ À l’eau bouillante : récupérez l’eau de cuisson de légumes ou de pâtes (de plus de 70°) et déversez sur les mauvaises herbes. Ne pas ajouter de sel, qui pourrait nuire à la végétation alentour. Des interventions régulières sur des jeunes plants seront les plus efficaces.

    ▰ À la flamme : brûlez les mauvaises herbes à l’aide d’un désherbeur thermique de préférence le matin en présence de rosée car l’eau est un excellent conducteur thermique. Cette technique nécessite des passages réguliers dans l’année.

    ▰ À l’eau sous pression : pour se débarrasser des mousses et lichens !

    ▰ Au balai  : un simple coup de balai sur la terrasse permettra de se débarrasser de la terre qui s'accumule dans les joints avant que les plantules ne poussent.

    Désherbage des surfaces cultivées (potager, massifs…) : 
    ▰ À l’aide d’outils : couteau à désherber, racloir, sarcloir, binette, fourche à bêcher.

PARTIE III : Et si on s’y prenait plus tôt ? En préventif…

  1. Aux abords de la maison 
    ▰ Aménagez les abords de la maison et les allées pour éviter ou limiter l’arrivée des indésirables (feutre géotextile sous les gravillons, engazonnement et paillage des allées, plantations le long des murs…) 

  2. Au jardin
    ▰ Plantez des couvre-sols ! Ces vivaces à fort pouvoir couvrant occuperont la place au détriment des mauvaises herbes, fleurirons vos plates-bandes pour le plaisir des pollinisateurs et nécessiteront peu d’entretien  
    Quelques exemple : Epimedium, Géranium macrorrhizum et sanguineum, Lamium maculatum, Hedera helix, Pachysandra terminalis…)

    ▰ Évitez les plantations isolées ou trop espacées et préférez des plantations en strates (couvre-sols > herbacées > arbrisseaux > arbustes > arbres)

  3. Au potager
    ▰ Offrez de la concurrence fleurie et très favorable à votre sol grâce aux engrais verts : ils stimulent l'activité microbienne du sol, améliorent sa structure, le protègent contre l'érosion, accélèrent la minéralisation de l'humus tout en contribuant à la destruction des mauvaises herbes. Fauchez-les avant leur montée en graines et laissez les se décomposer sur place au moins pendant 1 mois.

    ▰ Contrôlez les allées en délimitant vos parcelles de façon à faciliter le passage d’outils de désherbage. Semez en rangs étroits et bien droits et n’oubliez pas de pailler.

PARTIE IV : zoom sur le mulching

« 1h pour pailler son jardin, c’est 10h d’entretien en moins ! »

  1. Au jardin 
    La règle de base : utilisez ce qui est naturellement disponible dans votre jardin ! 
    ▰ Pour les annuelles : 2 à 3 semaines après leur plantation, couvrez la terre avec un paillis de durée moyenne (tonte sèche, paillettes de graminée…)

    ▰ Pour les massifs de vivaces : feuilles mortes broyées à la tondeuse, tailles de haies et brindilles broyées, paillettes de graminée… Disposez de la tonte sèche en grosse couche à renouveler régulièrement. N’enfouissez pas le paillis, mais ajoutez régulièrement une couche sur celle déjà en place.

    ▰ Pour les arbustes, les haies et les arbres isolés : paillis de longue durée d’origine forestière (feuilles mortes épaisses, branches broyées, écorces, tailles de haies broyées). Pour les fruitiers plus exigeants en humus et nutriments, alternez entre paillis azotés comme les tontes et paillis carbonés comme les branchages et les feuilles mortes.

  2. Au potager 
    Choisissez le paillis en fonction de la durée de culture :
    ▰ Pour les cultures courtes (radis, navets, épinards…) préférez un paillis qui se décomposera vite comme le broyât de petits déchets tendres du jardin ou les résidus de tonte.

    ▰ Pour les culture de durée moyenne (entre 3 et 4 mois comme les pois, les laitues, les pommes de terre…) choisissez les mêmes déchets que pour les cultures courtes, mais faites des couches plus épaisses. Vous pouvez aussi opter pour les fougères, les feuilles mortes ou les paillettes de graminée.

    ▰ Pour les cultures longues et pérennes (carottes, choux, tomates, poireaux, artichauts…) utilisez feuilles mortes, broyât d’arbustes, fougères, broyant de résineux, paillettes de graminée, lin, chanvre, écorces ou coco.

Paillez de préférence sur une terre humide après une bonne pluie ou un bon arrosage. Une fois installé, arrosez à l’aide d’un arrosoir sans la pomme de façon à ce que l’eau traverse la couche de paillis. Si vous en avez la possibilité, déroulez au préalable un tuyau microporeux ou un tuyau avec goutteur au pied des plantes avant de pailler.

Laissez-le en hiver et retirez les résidus au début du printemps , pour laisser au sol l’opportunité de se réchauffer pour la prochaine mise en culture. N’enfouissez pas le paillis en fin de culture, mais réutilisez-le ailleurs.